Interview Photographe A. Pierre-Jean à Aix-en-Provence - Bouches-du-Rhône


1. Quand et comment êtes vous venu à la photographie ?

J’ai commencé la photographie au lycée mais j’ai fait de la peinture à partir de l’âge de huit ans. Je sentais confusément que je n’avais pas réellement de talent ce qu’un ami peintre m’a confirmé quand le lui ai montré mon travail. Par contre en voyant mes premières photos il m’a encouragé à poursuivre. Je n’ai pas cessé depuis. Cela fera 44 ans en mars 2009.
Je ne pensais pas faire de la photographie un métier bien qu’ayant fait ma première exposition dès 1967. J’ai fait de longues études littéraires tout en poursuivant mon travail photographique.
Lorsque j’ai dû entrer dans la vie active j’avais le choix entre la littérature française et la photographie. J’ai choisi la photographie. La passion est devenue métier. Mais est-ce vraiment un métier ce que je fais ? Je n’en suis pas si sûr.
Disions que j’ai plusieurs activités, toutes en rapport avec la photographie, que je fais parce qu’elles me plaisent et en plus elles me permettent de vivre sur le plan matériel. Photographies, enseignement universitaire, écriture, action culturelle.

2. Pourriez-vous nous décrire en quelques lignes, une séance photo ?

Je n'ai pas de manière particulière. Je m'adapte à chacun des modèles avec lesquels je dois obligatoirement me sentir en harmonie. Je privilégie les modèles débutants qui n'ont pas encore acquis d'habitudes de pose et qui acceptent de le faire car elles en ont envie. Je leur demande d'être très participatives et que ce travail soit une vraie collaboration.
Je n'ai pas non plus de critères spécifiques de choix. Je veux simplement rencontrer des gens disponibles, très concernés et inventifs pour qui la création est une motivation dans la vie comme pour moi. J'ai besoin qu'elles soient également à l'écoute de mes idées et de ce que je désire exprimer dans mes images.
Un bon modèle c’est aussi quelqu’un qui participe, qui est inventif et qui fait des propositions.
Une bonne séance est une séance où l’on a l’impression d’avoir mis quelque chose de bon dans la boîte, où le modèle a eu l’impression de se donner à fond et d’avoir été à l’unisson du photographe. Il faut que l’émotion soit présente pour pouvoir la traduire en image. Sans émotion pas d’images fortes. C’est un peu comme un pas de deux. L’archétype de la séance idéale c’est la scène entre David Hemmings et Véruschka dans Blow-Up d’Antonioni.

3. Comment s'est passé votre première séance de pose (je n’aime pas le mot shooting) avec un modèle nu?

J’ai décidé de faire de la photographie de nu lorsque j’ai fait dans la nature une photographie qui était une métaphore du corps féminin et qui s’intitule La Déesse-Mère en 1979. Je vous en mets un exemple à la fin de ce texte. J’ai réalisé mes premiers nus 3 ans après en 1983.
La difficulté pour moi a été de trouver mon premier modèle. Je n’avais rien à montrer dans ce domaine et je n’avais personne autour de moi à qui demander de poser.
Heureusement qu’en en parlant beaucoup à mes amis une d’entre eux m’a parlé de la sœur d’une de ses collègues de travail que cela pourrait intéresser. Elle n’avait jamais posé, elle avait 42 ans mais elle avait envie de le faire. Nous avons donc convenu de mettre nos inexpériences en commun et de tenter l’aventure. Elle avait du temps, était proche géographiquement et une grande envie d’essayer.
Ce fut une très belle aventure et j’ai fait d’elle de superbes images que je montre encore dans mes expositions. On en voit des exemples sur mes sites sous le nom de Liliane.
La toute première fois où je suis allé chez elle elle s’est mise nue sans aucune gêne et plutôt que de trop réfléchir à ce que j’allais faire je me suis mis à photographier pour ne pas me poser de questions. Vu que nous avions tous les deux la même envie de faire et de réussir, que cela n’était pas un jeu mais une véritable émotion ressentie cela a forcément abouti à un résultat. Nous avons fait plusieurs séances de travail et sommes devenus des amis. Après une interruption de deux années nous avons refait une nouvelle série d’images puis la vie a fait que nous avons arrêté. Lorsque mon premier livre sur le nu est sorti je le lui ai envoyé de même lorsqu’une série de cartes postales ont été éditées elles en a eu des exemplaires et nous nous sommes revus à ces occasions. C’est un très beau souvenir que je garde précieusement.
C’est aujourd’hui une dame qui doit avoir aujourd’hui 74 ans. Je l’ai aperçue de loin en ville il y a deux ans je crois, mais elle ne m’a pas vu.

4. Votre matériel photo de prédilection - Matériels utilisés ?

Je travaille à la fois en argentique et en numérique. Du 24 x 36 au 6 x 7 en argentique ainsi qu’au Polaroïd.
Je vois le numérique comme une simple évolution technologique comme le fut le passage du calotype au collodion humide par exemple. Cela ne change rien à la vision. Seul le support des images a changé comme lorsqu’on est passé de la plaque de verre au support souple.
Ce n’est en tout cas pas à mes yeux une révolution mais une simple évolution. Lorsqu’on est passé du collodion humide au gélatino-bromure d’argent se fut une révolution car la manière de voir le monde a changé. Plus de pied, pouvoir saisir le mouvement, être discret, tout cela était impossible avant.
Mais on ne fait rien de plus qu’avant avec le numérique. Tout au plus certaines choses sont plus faciles sur le plan technique et encore !

5. Qu’est-ce qui différencie un photographe professionnel d’un photographe amateur, selon vous ?

La différence est fonction de la définition que l’on donne du mot professionnel. S’il s’agit de la qualité des images, de l’émotion exprimée et ressentie ou de l’esthétique des images rien ne différencie l’amateur du professionnel. Il n’y a que de bons ou de mauvais photographes. Si l’on se base sur le rapport à l’argent il est évident que la différence est grande : l’amateur n’a aucun souci de rentabilité mais à l’inverse du professionnel il n’a pas non plus obligation de réussite, surtout quand il s’agit d’une commande.
Il n’y a pas non plus aujourd’hui de grande différence technique. Bien des amateurs que je connais, sont plus férus de technique, que beaucoup de professionnels.
Si l’on veut vraiment différencier les choses peut-être faut-il opposer le photographe créateur (amateur ou professionnel) du photographe de photographie appliquée qui n’a que du savoir faire et pas de talent particulier

6. Comment recrutez-vous vos modèles ? Sont-ils des professionnels ou des amateurs ?

J’ai utilisé tous les moyens connus : relations amicales, relations amoureuses, petites annonces, Internet, sollicitation par des modèles eux-mêmes. Par contre se sont toujours des amateurs. Je ne veux pas travailler avec des professionnelles pour plusieurs raisons. Les amateurs et surtout les débutantes ont en général une plus grande sincérité, une plus grande envie de faire, une spontanéité plus évidente et surtout elles n’ont pas acquis d’habitudes, elles ne reproduisent pas de schémas stéréotypés (voir le book de presque tous les modèles sur les sites spécialisés).
J’ai besoin de tout cela pour bien travailler. Il faut en plus qu’elle soient intelligentes, (le style « soit belle et tais-toi !» me convient assez peu ), curieuses, avec une sensibilité artistique évidente.