Interview Photographe G. Bernard à Nantes - Loire-Atlantique


1. Qu'est ce qui vous intéresse dans la photographie

On me demande, parfois, pourquoi je fais de la photographie et pourquoi je semble me focaliser sur l'heure bleue ou sur le portrait. Ce n'est pas réellement exact. Ces deux volets ne sont qu'une petite partie de ma production. Par ailleurs, mes photos les plus regardées sont celles que j'ai prises en Sibérie, spécialement en Yakoutie (République de Sakha) par des températures comprises entre -25°C et -50°C, lors de mon dernier séjour, hivernal, en Russie.Voici maintenant plus de 10 ans que je m' adonne à la photographie en autodidacte. Elle ne répond pas à un projet longuement mûri, ni ne suit un plan pré-déterminé. Elle est le fruit des circonstances, de coups de cœur et d'une permanente volonté d'approfondissement afin de mieux capturer la beauté du monde.

2. Comment avez vous commencé à photographier?

L'appareil photo au service du voyage

Pendant l'été 2004, j'ai suivi 15 jours de cours de russe à Saint-Pétersbourg. A cette époque, mon ambition était de voyager dans le très vaste espace sibérien et en Asie Centrale. Un minimum de familiarité avec la langue de Pouchkine me semblait un pré-requis. J'ai toujours mis beaucoup de soin à préparer mes voyages et à me documenter sur les endroits où je voulais me rendre: histoire, géographie, peuples y habitant. Outre les ouvrages et les sites internet, j'ai régulièrement cherché à nouer des contacts locaux préalables. C'est ce qui a motivé la création de mes comptes ICQ, Facebook et VK. Il faut également mentionner l'intérêt du réseau Flickr. Je ne m'imagine pas voyageant en tourisme organisé, dans un groupe qui se crée une bulle et dresse une barrière le séparant des habitants et de l'espace visité. Au cours de l'été 2006, j'ai effectué, en voyageur indépendant, le long périple qui mène de Moscou à Vladivostok, par le Transsibérien, le Baïkal Amour Magistral et le fleuve Amour. Mes étapes furent Irkoutsk, Severobaïkaslk, Tynda, Komsomolsk na Amure et Khabarovsk. J'étais animé par un désir de découverte et d'apprentissage. Je me suis intéressé pendant un an à la préparation ce voyage. Le "Trans-Siberian Handbook" chez Trailblazer fut le guide le plus utile pour la première partie. En revanche, il existe un autre ouvrage que l'on n'ose plus considérer comme un guide. Il s'agit du "Siberian BAM Guide: rail, rivers & road", lui aussi chez Trailblazer. Athol Yates et Nicholas Zvegintzov ont fait un travail considérable d'enquêtes historiques, géographiques, sociologiques et humaines Ce chef d'oeuvre, à mon sens, doit être dans la bibliothèque de tous ceux qui s'intéressent à cette partie encore plus méconnue de la Sibérie, même s'il n'envisagent pas de s'y rendre. Le "BAM guide" figure, évidemment, dans ma liste d'Ex-Libris comme les magnifiques "Dersou Ouzala" de Vladimir Arseniev, "Asie fantôme - À travers la Sibérie sauvage 1898-1905" de Ferdynand Ossendowski, "De la Présidence à la prison" de Ferdynand Ossendowski, "Bêtes, Hommes et Dieux - À travers la Mongolie interdite 1920-1921" de Ferdynand Ossendowski, "Ermites dans la Taïga" de Vassili Peskov, "Le Tigre Une histoire de survie dans la taïga" de John Vaillant, "L’Exploration de la Sibérie" d'Antoine Garcia et Yves Gauthier, "Le lac Baïkal" de Laurent Touchart. Voyage de Bernard Grua de Moscou à VladivostokTranssibérien - Baikal Amur Magistral - Meteor - 2006 Les détails de ce périple sont dans: «From Moscow to Vladivostok with Trans-Siberian and BAM train – Summer 2006» La photographie ne faisait malheureusement pas partie de mes préoccupations. J'étais muni d'un petit appareil de basse qualité. Il avait, néanmoins, le mérite d'être peu encombrant. Aujourd'hui, le moindre téléphone, bas de gamme, donne des résultats largement supérieurs. Ce voyage initiatique de plus de 10.000 km en train et en hydrofoil fut une expérience unique. Bien qu'il ait donné lieu à de superbes rencontres, il fut, en quelque sorte, une expédition au fond de moi-même. Entre le Nord du Baïkal (Severobaïkalsk) et Khabarovsk je n'ai vu qu'un nombre infime de Russes provenant de la partie européenne du pays. Je n'ai croisé aucun occidental. Même, dans le corridor du Wakhan, en Afghanistan, je n'ai pas, quelques années plus tard, connu une telle situation. J'ai le souvenir de beaucoup de gentillesse de la part de ceux qui voyaient, bien souvent, un "Frantsuz", pour la première fois. A l'arrivée, il me restait seulement quelques pauvres images de cette aventure, alors que j'avais traversé des lieux, que je n'aurai plus jamais l'occasion de revoir.

3. Comment avez-vous chercher à corriger, ce que vous pensiez manquer dans ce long voyage à travers la Sibérie?

Pour éviter de nouvelles frustrations, j'ai donc décidé de traiter la photo comme un vrai sujet. J'ai acquis un appareil réflex, Nikon D80, pour accompagner mes voyages. Ce fut une première évolution. A la fin de l'hiver 2007, je suis retourné dans la région d'Irkoutsk (Arshan, vallée de la Tunka, Slioudianka, train Circum-baïkal, Listvianka, Bolshie Koty, Bolshie Goloustnie, île d'Olkhon). Le Baïkal est appelé la mer sacrée des Bouriates. Le lac est encore plus magique en hiver. C'est là que j'ai commencé à réellement photographier.

Puis, j'ai démarré des missions au pays de Cervantès. C'est pourquoi, au cours de l'été 2007, j'ai suivi trois semaines de cours d'espagnol à Grenade. J'en ai profité pour visiter quelques villes d'Andalousie. Les ingénieurs arabes ont quitté la péninsule ibérique en 1492. Ils ont, toutefois, laissé un message important. J'ai observé que l'architecture de ces artistes était double. Elle consistait en une part matérielle et en une autre part immatérielle. L'eau devait apporter un sentiment de fraîcheur mais elle avait une autre fonction. Le bâtiment était conçu comme allant de pair avec sa réflexion dans un bassin. Le projet était bien global. A titre d'exemple, on peut citer, dans l'Alhambra, le cas du "Patio de Los Arrayanes" ou de la pièce d'eau "d'El Partal". Il me semble que les petits jets d'eau ajoutés, à une période plus tardive, pour le "Patio del Ciprés de la Sultana" et le "Patio de la Acequia", dans le "Generalife", ne sont pas totalement judicieux. Même si pendant la fournaise de l'été ils contribuent à l'agrément de ces jardins, ils dépossèdent la réplique immatérielle de sa lisibilité. Quoiqu'il en soit, j'ai retenu la leçon de ces maîtres. Je porte maintenant, dans mes compositions, une attention spéciale aux reflets, lorsque je peux en incorporer. L’Espagne restera, par la suite, un de mes sujets photographiques de prédilection, accessible directement depuis Nantes, et où je me rendrai régulièrement.

Fin décembre 2007, je suis allé au festival du Sahara, à Douz. Le temps était exécrable. Il n'y avait pas de prise de vue de paysage qui fût intéressante à réaliser. J'ai donc “immortalisé” quelques participants. Le résultat, à ma surprise, s'est avéré relativement sympathique. J'ai reçu des encouragements, que je n'attendais pas. Il y avait là quelques prémices d'activités à venir. Je ne le comprenais pas encore.

Pendant l’été 2008, je suis retourné à Irkoutsk. J'ai pris, à nouveau, quelques leçons de russes. J'ai revu les bords du Baïkal et j'ai participé à une expédition du photographe Andrey Bezlepkin, au cœur des Monts Saïan. Nous avons cheminé vers «Batagol», la mine de graphite, ouverte, en 1848, par le Français Jean-Pierre Alibert. Andrey était le premier vrai photographe avec qui j'ai passé plusieurs jours. Il a changé ma façon de voir le monde ainsi que de penser les voyages. Dans notre équipe se trouvait, entre autres, Konstantin Smagi, un grand artiste du noir et blanc.Passer à un appareil photo digne de ce nom ne m'a pas suffit. Je n'étais pas pleinement satisfait de mes photos, soit du fait de la neige ou du ciel (Sibérie), soit de la forte luminosité (Espagne).

4. Vous dites que le voyage se fait maintenant au service de la photo. Qu'est ce que cela signifie?

La plage dynamique du Nikon D80 me paraissait limitée en raison de hautes lumières "cramées" et de basses lumières «bouchées». De plus, les photos me semblaient molles: manque de saturation, manque de contraste, manque de netteté. Je me suis mis à photographier en "raw" et à utiliser le logiciel de post traitement, Capture NX, adapté au "NEF" ("raw" de Nikon). Pareillement, je me suis penché plus attentivement sur les ouvrages parlant de technique photographique.Dès lors, je pensais mes voyages en fonction de ce que je pouvais y photographier.

C'est bien ainsi que j'ai organisé un déplacement en Argentine au cours de l'été 2009 (hiver austral): Buenos Aires, Patagonie, chutes d'Iguazu, Quebrada de Humahuca et Colonia del Sacramento (Uruguay). Je ne sélectionnais les sites que pour leur caractère photogénique. De plus, je commençais, à être hanté par la lumière afin de tendre vers un meilleur résultat. La photographie n’était plus un accessoire. Elle était devenue un but - deuxième évolution.

5. Comment êtes vous devenu un "photographe de l'heure bleue"?

Je suis devenu un photographe de l'heure bleue, poussé par les circonstances et sans avoir réellement conscience d'entrer dans cette discipline.

Mon métier principal est d'organiser et de traiter des inventaires physiques. Pendant une quinzaine d'années, j'ai eu l'occasion de réaliser des prestations dans de nombreuses villes d'Europe, dont certaines d'entre elles sont remarquables. J'ai profité de cette chance. Le soir et aussi le week-end, je me changeais les idées en me promenant et en faisant des photos, comme d'autres se mettent devant la télévision en rentrant chez eux. Le week-end, je disposais de temps mais, en semaine, il en allait autrement.Je commence, quasi systématiquement, mon travail à 7:00. Je fais mon inventaire et ses contrôles. Je prends un train dès que j'ai terminé. J'arrive dans la ville suivante et me rends à mon hôtel. Je dépose mes bagages et je ressors très rapidement avec mon matériel photo. Soit je connais la ville, soit les soirs précédents j'ai fait des repérages sur Flickr, sur Google images et sur Mappy. C’est ainsi que j'ai commencé à photographier durant et après le crépuscule.Habituellement, les vraies photos de nuit ne sont pas, à mon sens, extraordinaires. Le ciel et les toits sont noirs, voire oranges, quand les lumières de la ville se reflètent dans les nuages. De larges zones sombres sont totalement «bouchées», d'autres d'une couleur marron, d'autres "cramées". J'ai connu une exception, c'était au cours de ma première soirée à Venise pendant la «aqua alta», une nuit d'hiver, entre 23 heures et 1 heure. Je déambulais dans la cité des Doges. La place St Marc était progressivement sous l'eau. On se déplaçait sur des passerelles de planches et de tréteaux. Le spectacle était envoûtant. A cette époque je n'avais pas de prévention contre la photo de nuit. Je ne l'avais guère pratiquée. Je ne sais pas si, avec l'expérience que j'ai acquise aujourd’hui, je me serais lancé dans cette sortie, dont l'issue aurait dû être sans grandes espérances. D'autant que j'ai dû l'achever pieds nus, pantalon retroussé, fin février, pour pouvoir regagner mon hôtel, dans une rue noyée.J'aurais eu tort de ne rien tenter. En effet, plus tard, en convertissant mes photos en noir et blanc, le résultat n'était pas désespérant. J'en ai recherché la raison. A Venise, les façades sont trop hautes et les maisons trop resserrées pour que l'on voit le ciel. L'eau des canaux et la "aqua alta" renvoyaient la lumière, au lieu d'être une simple sombre chaussée ou place. Au final, c'est ainsi que j'ai fait la première photo que j'ai vendue, via Getty Images, au parfumeur Lubin. Celui-ci en a fait l’emblème de son eau de toilette "Figaro". J'ajoute avoir constaté, dans d'autres lieux, que la neige sur le sol peut, de la même façon que l'eau, jouer le rôle de réflecteur de lumière et présenter de bonnes opportunités de photos nocturnes.Venise a été une circonstance spéciale. Par la suite, j'ai eu l'occasion de faire des photos, plus tôt dans la soirée, à l'heure où s'allume l'éclairage public. J'en ai apprécié les résultats. J'ai appris que cette période, de quelques minutes, est connue. On l'appelle l'heure bleue. J'ai mis au point différentes techniques pour tirer partie de ce type de photographie. Je les détaillerai dans un autre article C'est une occupation tout à fait compatible avec mon activité principale. Même par temps maussade, en hiver, on peut souvent capturer l'heure bleue, alors que la journée n'a présenté aucun intérêt. Aujourd'hui, j'ai un portfolio conséquent de nombreuses villes historiques, principalement européennes, dans cette lumière si particulière.Pourtant, il s'agit d'une événement éphémère. On ne peut réussir, généralement, qu'une seule photo durant l'heure bleue. En effet, la même prise de vue sera tentée à différents moments pour obtenir la meilleure exposition et la meilleure couleur. Si l'on a beaucoup de chance et beaucoup de sujets regroupés, on peut aller, au maximum, jusqu'à trois photos. Souvent, à «l'instant décisif», pour citer Henri Cartier-Bresson, il devient clair que l'on est placé au mauvais endroit. Le «chasseur de l'heure bleue» rentre bredouille. «Chasseur de l'heure bleue" vous rapportez, en règle générale, une image par sortie. On est dans un tout autre registre que la photographie de jour laquelle autorise des dizaines de clichés différents. Cela fait la rareté des productions de l'heure bleue et la valeur d'une telle collection.

6. Comment avez-vous découvert la photo de portrait?

En Russie, je fus surpris par une pratique que je n'avais pas observée en France, ni même ailleurs. Les personnes, principalement les femmes et les jeunes filles, avaient pour habitude de se faire prendre en photo bien avant la systématisation des «selfies» sur téléphone mobile. Elles choisissaient les beaux endroits, que j'aurais préférés dégagés. Elles se maquillaient. Elles posaient. Elles me demandaient quelquefois de les prendre en photos. Breton relativement réservé, je vivais ces requêtes plutôt comme une contrainte, voire une forme de narcissisme, qui m’était inconfortable. Il me faudra quatre ans pour comprendre que cet état d'esprit pouvait, aussi, être une opportunité.Je me souviens, notamment, de Katerina S., de Saratov, lors de notre retour des Monts Saïan vers Irkoutsk. Elle demanda à Andrey de lui faire une "session photo" sur les bords du Baïkal. Je n'en revenais pas de la voir sortir son rouge à lèvre, son fond de teint, son mascara.
Nous avions vécu plus de dix jours sous une pluie quasi ininterrompue, glissants dans la boue ou hébétés et recroquevillés au sommet d'une montagne, dans un orage d’apocalypse. Nous avions littéralement usé et ensanglanté nos postérieurs sur les selles impossibles, qui harnachent les chevaux bouriates. Nous avions poussé nos montures dans des rivières en crue. Nous avions dévalé des flancs d'éboulis abrupts où ne voulaient pas s'engager nos équidés. Nous devions prendre leurs brides pour les entraîner derrière nous, au risque qu'ils ne chutent sur notre dos. Les fois où le ciel se dégageait, nous étions dévorés par les moustiques et les taons. Pour nous venger, le soir sous la tente, nous les écrasions grâce au froid qui les paralysaient.Et voilà notre aventurière redevenue une touriste, pensais-je. Non, Katerina était russe, tout simplement. Elle avait raison. Peu nombreux sont ses compatriotes ayant vu le lac Baïkal, la «perle de Sibérie». Ils la revendiquent, pourtant, comme une merveille emblématique de la Russie. C'était une mémoire qu'il fallait garder. Katerina disposait d'un photographe de talent, Andrey Bezlepkin, dans un des cadres les plus grandioses qui soient au monde. Deux ans après, je devais faire une session photo, avec cette amie et avec sa mère, à Sainte Barbe du Faouët, en Bretagne. Mais n'anticipons pas.

Un samedi de septembre 2009, j'étais à côté de Cadix, à Arcos de la Frontera. Je me promenais dans ce «pueblo blanco» perché sur un éperon entouré de falaises. J'essayais de faire quelques images tout en visitant les endroits remarquables et en profitant de la vue. Je suis entré dans un beau bâtiment, qui était ouvert, "El Centro de Interprétation". Il n'y avait personne. Je me promènais dans les salles. Tout à coup, une jeune femme entra dans la pièce et me dit, "Ah, tu es là. Il me semblait bien qu'il y avait quelqu'un". En espagnol, on tutoie. Eva Martinez Ortiz, c'est ainsi qu'elle s'est présentée, était en charge de l'accueil. Elle m'expliqua l’histoire de La "Molinera y el Corregidor", thème principal de ce musée. Elle me dit: "Si tu aimes la photo et l’Andalousie, tu dois venir à la Feria de San Miguel à la mi octobre ». Ce fut une révélation esthétique et humaine d'un patrimoine culturel vivant.Lors de la Feria d'Arcos de la Frontera, j'ai pris de nombreuses photos d'artistes, de danseurs, de cavaliers et de familles. Comme j'étais présent plusieurs jours de suite, j'ai pu en donner des exemplaires aux pères et mères de famille. Dès lors, ils m'ont intégré dans leur groupe.A cette occasion, j'ai observé comme la photographie était un moyen extraordinaire pour nouer des contacts et pour participer à la vie locale en s'y noyant. J'ai aussi compris que, pour photographier des personnes, il ne faut pas avoir de télé-objectif. Il faut être proche. Il faut les connaître personnellement. Il faut s'intégrer dans leur environnement. Ainsi, plus les années passent, plus je prolonge mes séjours dans les endroits que je visite afin de faire partie de cette respiration et afin d'être présent pour les plus belles lumières.
L'atmosphère d'une fête espagnole est addictive et offre de magnifiques opportunités mais ma technique de portrait était inexistante. J'envisageais de me rendre à la Feria de Jerez en mai 2010. J’ai donc pris une demi-journée de cours, en extérieur, avec le photographe professionnel Pascal Kyriasis, à Nantes. Annaelle était notre modèle. Quinze jours après, j'ai suivi un nouveau cours, en petit groupe cette fois là, d'une journée. Nous avons pratiqué le studio, toujours avec Annaelle et sous l'instruction de Pascal qui, en partant, m'a donné trois conseils pour Jerez: "Concentre toi sur les détails. Soigne ta lumière. Soigne tes arrière-plan." J'ai beaucoup aimé Jerez. On y trouve de la sincérité et de la beauté. Mais il n'y a pas cette ambiance familiale, totalement dépourvue de touristes, que l'on peut connaître à Arcos de la Frontera.J'ai, à ce moment là, décidé de devenir, aussi, un photographe portraitiste – troisième évolution

7. Comment en êtes-vous venu à mettre en place des séances photos de portraits organisées?

De nouveau en Sibérie, au cours de l'été 2010, je m'étais fait à l'idée que la pratique de la "photo session" faisait partie de la culture nationale.Mieux, je me sentais prêt à jouer le jeu. Après une deuxième expédition dans les Monts Saïan, purement tournée vers la nature, la montagne et les paysages, je me suis rendu à Yakoutsk. Dès le lendemain de mon arrivée, dans cette ville que je découvrais pour la première fois, dans une chaleur accablante - thermomètre public bloqué à 38°C avant de rendre l'âme (quelques mois plus tard, j'y connaîtrai -50°C) - j'ai vécu une situation assez étonnante. Elle allait me pousser, une nouvelle fois, à évoluer. Au risque de digressions, il me faut raconter cette belle histoire.A la poste, deux jeunes femmes, de simple mais excellente présentation, me voient travailler sur mes albums en ligne et aperçoivent mes photos de la Feria de Jerez. Interloquées, elles souhaitent regarder. Je ne comprends pas les commentaires. Une des deux me passe un téléphone portable. Un homme, Aleksander, se présente poliment en anglais comme le "make-up artist" de Yana-Maria. (Make-up artist, WTF?). Il me transmets leur demande de bien vouloir faire une séance de photo avec les deux amies. Voilà, ça se passe comme ça. On est, très, très loin de la France. Vous ne cherchez pas les modèles. On ne parait pas surpris par le fait que vous preniez des photos. Au contraire, on vous sollicite à cette fin.Nous prévoyons de nous recontacter. Plus tard dans la semaine, par le truchement de Vera S., une amie, à cette époque Vice-Ministre des Affaires Extérieures de la République Autonome de Yakoutie, nous précisons le lieu, la date et l'heure de la rencontre. Dima est heureux de me guider dans Yakoutsk pour pouvoir pratiquer la langue anglaise. Par la même occasion, il est désireux de passer quelque temps avec Viktoria, sa discrète camarade étudiante Nous avions, donc, initialement prévu d'aller photographier, tous les trois, le port en fin de journée. Nous nous retrouvons devant l’hôtel « Polar Star », lieu de rendez-vous habituel. Changement de programme.Nous sommes rejoints par Yana-Maria ainsi que par Maya et sa petite sœur. Nous montons, ensemble, dans la grosse voiture tout terrain de Maya. Je suis un peu surpris de voir une étudiante disposer d'un tel véhicule. Mais pourquoi pas? J'offre à titre de présentation un porte-clefs tour Eiffel. C'est un petit présent qui permet de ne pas arriver les mains vides. Il est généralement apprécié. Je reçois, en retour, un stylo en argent dans un coffret cadeau... Mais où suis-je donc?Dans le coffre, Dima s'exclame: "Bernard, Yana-Maria is Miss Yakutia!"Pour comprendre la situation, il faut revenir quelques jours en arrière. Maya est fille et modèle de «Kierge», le principal joaillier de Yakoutsk - entre autres richesses, cette ville est la deuxième capitale mondiale du diamant. Maya, accompagnée de Yana-Maria, Miss Yakutia 2009 et finaliste Miss Russia 2010, était venue à la poste de Yakoutsk car, à ce moment là, la connexion Internet de «Kierge» était en panne. C'est ainsi que nous avons lancé cette «session photo» sur les bords de l'immense fleuve Léna, né près du Baikal et se jetant dans la mer des Laptev, océan arctique.

Bien qu'il se soit agi de photos privées, quasiment des photos de vacances, les deux amies étaient venues avec plusieurs tenues et étaient maquillées par un professionnel. Ce n'est pas une coutume observable en France. Dans cette partie de l'Europe de l'Est (voire Asie, pour ce qui est de la Sibérie) il est infiniment plus facile de travailler la photo de portrait que dans notre pays. On en vient à vous le demander, comme nous l'avons vu. Et on vous remercie pour cela. Yana-Maria et Maya furent les premiers portraits posés et organisés, que j'ai eu l'occasion de réaliser. Ce fut au cours de mon cinquième et avant dernier voyage en Russie. Outre le bon moment passé, ensemble, ces deux amies m'ont, sans le savoir, ouvert les portes d'un autre monde. Je retrouverai, par la suite, ce rite de la «session photo» en Ukraine.

Auparavant, je serai revenu en Yakoutie pour faire des images dans des températures extrêmes. En voici une présentation de Bolot Bocharev photographe et guide local. "Yakutia in winter. By Bernard Grua": "Bernard Grua is a French photographer. I thought photography is his job, but it appeared to be his hobby. Besides he fell in love with the Siberian region of Yakutia. Isn’t it great? By the way, these winter pictures from his recent (second) visit to Yakutsk. Ok, no more words, enjoy his photos."Je m'étais documenté sur la photographie de paysages et de monuments, de même j'ai recherché de la bibliographie sur la photo de portrait. Cette dernière reste toujours pour moi la plus complexe.En 2012, j'ai eu la chance de faire quelques séances, à Kyiv, dans le studio de Svetlana Katrichenko, Make-Up Artist (MAU) et photographe. Elle m'a un peu familiarisé avec cette discipline. A Kyiv, j'ai connu quasiment la même situation qu'à Yakoutsk. Pour notre premier travail, Svetlana et moi avons photographié Olga, modèle et hôtesse de l'air de chez Wizzair. Olga était contente du résultat. Elle a souhaité une "session photo" dans le musée de l'aviation. Elle y pensait en le survolant quotidiennement, au décollage, depuis l'aéroport de «Kyiv Zhuliany». Étonnamment, cela correspondait à un de mes projets. Conformément à ma pratique habituelle, je lui ai demandé de bien vouloir venir accompagnée. Olga a fait signe à Regina, originaire, comme elle, de Simferopol, Crimée. C'est ainsi que j'ai commencé à faire des séances photos. Je me suis constitué un portfolio. Mon travail a été observé. J'ai été sollicité.Il y a quelque mois (2017), j'étais photographe au mariage parisien de mon camarade Guillaume G., un Français établi en Ukraine. Il épousait une ressortissante de ce pays. Je lui faisais compliment sur sa capacité à être photographié et sur son naturel. Il m'a répondu: «Tu sais, depuis le temps que je vis à Kyiv, j'ai appris ce que c'est d'être face à un objectif». De fait, il était très facile de photographier ce couple entouré des amies de la mariée. Je n'avais rien à diriger. Tout m'était suggéré spontanément. La culture de la «session photo».Voilà comment j'en suis venu à être photographe de modèles professionnels ou amateurs dans le cadre de «shooting» - quatrième évolution

8. Que vous apporte la photographie de portraits

Le portrait comme source d'adrénaline.

Autant je crois avoir acquis une bonne pratique de la photo de paysage et de monument, qui restent des exercices simples, si l'on s'y prépare et si l'on sait attendre le bon moment, autant la photo de portrait, reste pour moi un défi. Là réside, notamment, son intérêt. Vous vous déplacez pour faire de la photo de paysage. Le temps ne s'y prête pas ou pour une autre raison vous avez fait "chou blanc". Il n'y a pas de conséquence. Vous ne montrez pas votre travail. Les choses en restent là et vous en tirez des leçons pour l'avenir.Pour une séance photo de portrait, vous faites venir un ou des modèles. Vous leur demandez de se maquiller. Vous leur faites apporter différentes tenues. Vous leur prenez du temps. Il faut, ensuite, leur délivrer un résultat qui corresponde à leurs attentes. C'est une source importante de stress, un exercice pouvant être cérébralement intense. Il y a de nombreux paramètres à maîtriser. Il faut avoir toutes les fonctions de son appareil en tête. Il faut penser à la composition et aux détails. Il faut, tâche fort complexe pour moi, indiquer les poses au modèle. Il faut capturer les bonnes expressions. Il faut avoir un parfait contrôle de l'éclairage naturel ou artificiel sur le visage du modèle. Il faut réussir, parallèlement, à visualiser le résultat final.Vous êtes véritablement dans un autre monde. Vous faites le vide, en vous, de tout ce qui n'est pas indispensable.Pour le modèle, le travail est tout aussi exigeant. Le modèle a un programme en tête, des positions à coordonner, des expressions de visage à faire évoluer, des attitudes à proposer. J'ai souvent l'occasion d'entendre des modèles me demander des pauses, dont j'ai besoin, moi aussi. Dans ces travaux, je brûle une importante énergie mentale et physique.Je me souviens d'une séance photo, avec une modèle russe, à la nuit tombante, dans la cour de la Pyramide du Louvre. Mes seuls accessoires étaient un pied et un flash externe. Ce fut mon exercice le plus difficile à ce jour. A la fin de ce travail, il m'a fallu du temps pour revenir à la réalité. Les amis nous accompagnant m'ont dit "Regarde!". Il y avait environ vingt-cinq personnes autour de nous, qui observaient et qui murmuraient. Je ne les avais ni vues, ni entendues. La photo de portrait est certainement un travail d'équipe mais elle est d'avantage une compétition contre soi-même.

Le portrait comme instrument privilégié de rencontres

Comme Arcos de la Frontera l'avait montré, la photographie de personnes, si on ne la pratique pas comme un voyeur ou un voleur (un portrait volé est un portrait réalisé sans l'accord préalable du sujet), si on consacre du temps à son sujet, est un outil formidable pour participer à la vie réelle. Quand je peux, quand je suis dans un groupe familial, je confie mon appareil photo à l'enfant, me paraissant le plus calme, le plus prudent et le plus intuitif. La photo est alors un jeu. Il est possible de montrer immédiatement le résultat sur l'écran. Le groupe devient parfaitement décontracté face à l'objectif. On peut en voir le résultat, dans un village de montagne du Tadjikistan. Ensuite, je peux faire toutes les prises de vue que je souhaite. En revanche, il ne faut pas oublier, que l'on a une dette. Il faut l'honorer. On ne prend pas de photos de personnes, y compris dans les endroits les plus reculés, sans leur faire parvenir le résultat.Je dois avouer n'avoir pas réussi à créer cette connivence en Afghanistan. Je ne pouvais, d'ailleurs, ni me faire comprendre en anglais, ni me faire comprendre en russe. Cela explique, notamment, la raison pour laquelle je ne m'y suis guère attardé et je suis allé à Tusion.

9. Pourquoi le portrait est-il, pour vous, un média à part?

J'avais prévu de passer la période de Noël 2013 dans un village de Yakoutie. J'ai remplacé ce voyage par un séjour en Ukraine en raison de la révolution du Maïdan. J'y suis retourné trois jours en février 2014, du 16 au 19. J'ai voulu montrer que ce mouvement n'était pas une révolution d'extrémistes mais qu'il mobilisait toutes les catégories de citoyens, des étudiants aux aiëuls en passant par les parents. J'ai pris quelques vues d'ensemble mais j'ai surtout cadré des portraits rapprochés de personnes dans lesquelles chacun et chacune pouvait se reconnaître. Selon moi, cette approche devait contribuer à éclairer mes compatriotes. Quelques années après, je renouvellerai l'expérience avec les Cosaques de la tchaïka sur une opération bien différente.
Avec Dimitri H. et Clément C., nous avons monté un mouvement international contre la livraison des navires d'invasion Mistral à la Russie de Vladimir Poutine. Entre mai et septembre 2014, grâce à notre présence à St Nazaire, grâce à un site web sur lequel nous écrivions des analyses techniques ainsi que des reportages terrains illustrés de photographies, où nous accumulions les inédits, grâce à une page Facebook "No Mistrals for Putin", nous avons lancé des dizaines de manifestations dans le monde, généralement devant les ambassades ou consulats français. Des personnes éloignées de ces lieux de rassemblement nous suivaient et nous encourageaient. Un jour nous avons reçu un selfie d'Olenka P., habitant Leduc en Alberta, Canada: "I am Ukrainian! This is my protest against Mistral deal! Stop." Dimitri H. a eu l'idée de lancer une campagne mondiale de selfies. Nous promettions de poster ces selfies sur la page de "No Mistrals for Putin" et de les montrer à St Nazaire devant les Mistral et devant l'équipage des 500 militaires de Poutine, le 7 septembre 2014. Cette idée a permis de gagner des milliers de fans sur la page "No Mistrals for Putin" ainsi que d'élargir le champ de la mobilisation. Les selfies étaient des auto-portraits, certes, mais pas seulement. Quelquefois, ils furent des portraits réalisés, dans certaines villes, comme des shootings. A titre d'exemple, le photographe activiste, Pierre R. a invité les sympathisants parisiens à plusieurs séances photos, en plein air, au cours du mois d'août 2014. Dimitri a fait de même à Dublin. Nous avons reçus des selfies de très nombreux pays du monde, y compris de Russie. Le portrait était devenu une pacifique arme géopolitique.
Fin mai 2014, Olesia F. a organisé une "flash-mob" dans sa ville d'Ivano-Frankivsk, Ukraine, pour appuyer notre première vague de manifestations, dans le monde, contre la livraison des Mistral. Ce fut un coup de pouce apprécié à l'époque où nous étions encore assez seuls. Par la suite, comme on l'a vu, des dizaines d'événements auront lieu devant des bâtiments diplomatiques français. Le contrat a été suspendu le 14 novembre 2014. Les 500 marins de Poutine ont quittés saint-Nazaire le 18 décembre 2014. Olesia est venu voir les Mistral, pour la première fois, le 21 février 2015. A cette date, le contrat n'était pas rompu. La livraison potentielle restait comme une épée de Damoclès. Mais, en l'absence de fait nouveau, la mobilisation retombait. Les accords de Mink II venaient d'être signés, le 11 février 2015. Les Mistral avaient été photographiés sous tous leurs angles, y compris derrière nos manifestations. Il fallait trouver autre chose. Nous avons décidé de faire une allégorie sous forme de portrait: une menue jeune femme ukrainienne devant la puissante masse grise de ces navires de guerre pouvant tomber dans les mains de Poutine. On y voyait un pays pacifique à l'ombre d'un grand voisin belliqueux, puissamment armé. La maquette sanglante montrait, de plus, l'usage que le maître du Kremlin pouvait en faire en rappelant la guerre d'agression, qu'il menait dans le Donbass. Les horreurs des batailles d'Ilovaïsk (août 2014) ainsi que de Debaltseve (janvier 2015), le courageux sacrifice de ceux que leurs ennemis ont appelés les "Cyborgs", lors du siège de l'aéroport de Donetsk (septembre 2014, janvier 2015), étaient encore récents. Nous avons fait une simple publication sur la page Facebook de "No Mistrals for Putin" REMINDER: Mistral deal is still not broken! Saint Nazaire, Bretagne, France, 23/02/2015 - "Russian" Mistrals in Penhoët Dock St Nazaire - With: Olesia F., Ivano-Frankivsk, Ukraine - Photo: Bernard Grua, Nantes, Bretagne, France - BPC Sevastopol, still in completion (should start sea tests in March 2015) - BPC Vladivostok, ready to be delivered Join us: https://www.facebook.com/NoMistralsForPutin - http://nomistralsforputin.com/L'album de ces cinq images a eu un impact inespéré. L'audience atteinte était dans la bonne ligne des meilleurs publications de la page "No Mistrals for Putin". En revanche nous avons été interpellés par "l'engagement" qui les a, toutes, dépassées. Au premier abord, nous ne comprenions pas les chiffres Ils augmentaient à coup de dizaines de milliers. "L'engagement" est le nombre de clics (ouverture de publications), de commentaires, de "likes" et de partages. Il faut savoir qu'une publication, sur Facebook, est ouverte, en moyenne, par 10% du public atteint.En l'espèce, nous avons eu un "taux de transformation" de près de 100%. C'est à dire que presque tous les lecteurs, ayant vu le post, l'ont ouvert. Mieux, les lecteurs ont cliqué sur chaque photo. Ainsi, "l'engagement" fut un multiple du public atteint et non pas une faible fraction. Si l'on ajoute, au surplus, les "likes" et les partages, alors on comprend le surprenant score atteint. Le portrait allégorique était devenu viral.Un article lituanien en traduit bien l'impact international: "Rusijai skirt? „Mistral” laiv? fone – „kruvina” protesto akcija". Point le plus intéressant, l'auteur transcrit des éléments que nous n'avions pas écrits dans notre publication bien qu'ils fussent exactement ce que nous voulions faire passer à travers ces portraits. Finalement, la France et la Russie se sont accordé sur la rupture du contrat Mistral le 5 août 2015.

10. Quelles sont les conditions, selon vous pour réussir une séance photos?

Vous devez afficher des intentions claires, transparentes et sérieuses. Quand vous proposez une séance photo, vous devez montrer un portfolio afin que le modèle pressenti voit votre travail et décide si cela lui convient. Pour ma part, j'ai un site web "BernardG Portraitist". Plus récemment, pour les pays qui utilisent principalement Facebook, j'y ai ouvert une page spéciale FB "BernardG Portraitist" . Cette page publique me permet, par ailleurs, de ne pas encombrer ma page Facebook personnelle. J'évite, ainsi, de noyer les autres sujets que je souhaite partager. De plus, les personnes étant intéressées par mes portraits n'ont pas besoin d'être égarées par des considérations familiales, politiques, géopolitiques ou sociales ne les intéressant pas nécessairement.De même que j'ai un site web de portraits, j'ai un profil d'images plus généralistes sous Flickr - « Bernard Grua Photography: Photos de voyages, d'expéditions et de reportages » . Il y a environ 2000 images. Les portraits en représentent à peu près 10%. C'est une autre raison pour les isoler sur un site web dédié. Enfin, j'ai une page publique de photos généralistes sur Facebook. FB "Bernard Grua Photography ». Pour toute séance photo, y compris en extérieur, avec un modèle que je ne connais pas, je demande, en fait j'impose, à cette personne d'être accompagnée. Même pour un modèle avec qui j'ai déjà fait des photos, je lui demande de ne pas venir seul, lorsque je fais une séance en intérieur. Pour un modèle jeune, même majeur, ou dans les pays pour lesquels la séparation homme femme est marquée, je demande au modèle d'être systématiquement accompagné. Cet accompagnement aide à protéger le modèle ET le photographe des risques de calomnies ou de diffamations. Il n'y a pas que des photographes, qui regardent vos photos. Il y aussi, des fantasmeurs et des déséquilibrés, se protégeant derrière leur anonymat.Lire à ce sujet - Franceinfo 20/01/2018: "Réseaux sociaux : pour François Jost, la méchanceté est devenue banale".L'accompagnateur (rice) pourra, de plus, vous aider dans le maniement des accessoires, réflecteur notamment.En extérieur, l'accompagnateur pourra avoir, en main, des vêtements chauds à proposer au modèle entre chaque nouvelle pose. Le point est particulièrement vrai à la nuit tombanteEnfin, pendant la prise de vue, il est indispensable de laisser un espace personnel autour du modèle. L'échange doit se faire en termes non équivoques. Il ne faut, évidemment, pas toucher le modèle. Rendez vous, quelques jours avant, sur le site où vous aller faire vos photos. Repérez les flux de personnes qui passent. Estimez le recul dont vous pourrez disposer. Observez la lumière. Demandez, préalablement, l'autorisation de photographier. Éventuellement, vous pouvez faire des photos des personnes en charge de l'endroit où vous comptez travailler et les leur donner. Quand vous arriverez, pour votre "shooting", vous serez bien accueilli. Pour ne pas avoir été précis lors de mon premier passage dans un superbe café de Mahdia, présentant un beau décor ancien et une magnifique vue sur la mer, on m'a demandé de sortir avec mon équipe. Dans un autre endroit, où j'avais préalablement passé plus de temps avec les serveurs, il en est allé différemment. Le lendemain, en début de session, je les ai pris en photos avec Abir B., le modèle. Et tout c'est parfaitement bien passé.Précisez votre thème au modèle. Regardez le portfolio de votre modèle, regardez ce qui vous inspire. Indiquez les tenues qui vous intéressentCommuniquez, à votre modèle, l'objectif de cette séance. Montrez ou envoyez des exemples: photos, peintures, poses etc. Pinterest est un outil formidable pour ce type de réflexions communes ou d'échanges.Soyez à l'écoute des idées de votre modèle.

Soyez prêt à vous faire poser des lapins Un modèle qui est en retard, qui annule au dernier moment, qui ne vient pas au "shooting", cela arrive. Tentez de prévoir un "plan B" ou une autre activité, si vous pouvez. Sinon, sachez que cela est arrivé à d'autres. Ce n'est pas d'un grand secours mais c'est ainsi.

11. Votre conclusion?

J'utilise, depuis quelques années, un Nikon D600, plein format. Le portrait m'intéresse bien sûr, mais plutôt comme outil, que comme finalité. Je veux raconter l’histoire et le quotidien des personnes qui partagent cette terre. Je récuse cette idée que l'art doit, par essence, être provocateur. Cela me semble être un postulat malhonnête. Je vise la beauté, évidemment. Je veux faire en sorte que cette beauté apparaisse plus naturelle que celle des modèles figés sur le papier glacé des magazines.

Mon souhait est photographier le plus grand nombre possible d'endroits magnifiques. Mais je ne veux pas me limiter à en faire des cartes postales. Je veux y mettre de la vie.

Je souhaiterais que mes photographies soient comme des tableaux. Je voudrais qu'il y ait une fusion entre le paysage et le modèle. J'aimerais qu'il y ait un dialogue entre le modèle et l'environnement, afin que les deux se valorisent mutuellement. Dès lors, la pratique de la photo de paysage et la pratique de la photo de portrait n'auront été que deux étapes séparées d'un apprentissage destiné à ne former plus qu'un. Pour cela, il reste encore beaucoup à essayer et à apprendre. Je souhaite avoir la chance de retourner, en hiver, en Yakoutie, sur l'île d'Olkhon (Baïkal) et dans les Monts Saïan. J'ai, en tête, un grand nombre d'images à réaliser sur ces paysages de froid extrême et sur la réalité de ceux qui y vivent.

En plus de son support pour mes séjours dans sa ville et de son accompagnement dans les Carpates ukrainiennes, en été et en hiver, mon ami Pavlo Kuzyk, d'Ivano-Frankivsk, est une source d'inspiration. Irina Dzhul, autre photographe d'Ukraine, me semble appartenir une "école" qui n'existe pas en France et sur laquelle j'aimerai beaucoup apprendre. Sa force créatrice et sa capacité à développer une forme de beauté fantastique est étonnante. Dans un autre registre j'ai beaucoup de respect pour l’extraordinaire travail du photographe de voyage Matthieu Paley. J'essaye de m'imprégner de sa vision. La complexité de l'entreprise, le graphisme, l'esthétique et l'humanité de sa réalisation sur les Kirghiz du Pamir Afghan, n'ont, à mon sens, pas d'équivalents. "Afghanistan - Stranded on the roof of the world - Kyrgyz of the Pamir mountains"

A Irkoutsk, mes amis Natalia M., Igor U. et Ekaterina S. furent des appuis précieux et cordiaux. A Yakoutsk, je n'arrivais pas en étranger, non plus, grâce aux indispensables recommandations de la prévenante Marina Y. et grâce à son amical pilotage à distance, depuis Moscou. La page Facebook, "eYakutia", particulièrement bien documentée et mise à jour par Bolot Bocharev, fut incontournable pour la détermination de mes objectifs ainsi que de mes programmes d'été et d'hiver à, et autour, de Yakoutsk. J'ai une gratitude particulière pour Olga, Olesia et Abir avec qui j'ai eu l'occasion de travailler souvent et avec tant de plaisir. J'espère que nous pourrons réaliser de nouveaux projets photographiques ensemble.